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Délivrées ! 2026 : quel succès !

dimanche 11 octobre 2026

Notre salon littéraire féministe et féminin Délivrées ! s’est déroulé du 2 au 4 octobre. Le bilan est réjouissant, avec une belle fréquentation, surtout sur les samedi et dimanche. Le beau temps était de la partie à La Teste-de-Buch et le lieu, la cabane Le Piou, située sur le vaste parking des près salés ouest, bénéficie d’une grande visibilité. L’implication des bénévoles est aussi à souligner !

Pour la deuxième édition, Délivrées ! façon girondine a attiré plusieurs centaines de personnes à La Teste-de-Buch. Nous avons remarqué un rajeunissement du public, avec des jeunes hommes notamment, présents aux diverses rencontres, conférences et table-ronde. Un public attentif et participatif qui n’a pas hésité à poser des questions aux autrices en présence. L’atelier d’écriture créative a fait le plein et le spectacle de la comédienne Florence Boileau dans le rôle de Mme de PrescNeuve, fervente admiratrice de la baronne de Rotschild, a apporté une note d’humour à ces deux jours aux thèmes plutôt graves : les féminicides, sujet du livre de Natacha Appanah, "La nuit au coeur", dont la lecture poignante d’extraits par la comédienne Christiane Robert, reste gravée dans les esprits, la dark romance, prônant des rapports de soumission, très lue par les adolescentes, la fatigue féministe (ou désanchement) du post MeToo, l’invisibilité de femmes qui ont pourtant marqué leurs temps, comme "Séverine" (de son vrai nom Caroline Rémy), pionnière du journalisme de la Belle-Epoque, le plaisir féminin et ses ambiguïtés, la laïcité et les droits des femmes... Ce dernier, un ouvrage collectif, a été présenté par Michèle Vianès, présidente de Regards de femmes et membre du Haut Conseil à l’Egalité. Il explore les liens essentiels entre laïcité, égalité et droits des femmes, en plaçant leur autonomie au cœur de la réflexion. À travers des regards historiques, philosophiques et militants, il interroge l’influence des religions, des traditions et des normes sociales sur la liberté des femmes. Il défend la laïcité comme un principe fondamental d’émancipation, garant de la liberté de conscience et de l’égalité entre les femmes et les hommes. Ce salon a été l’occasion de revenir sur les 80 ans de notre mouvement, autrefois appelé l’UFF, Union des Femmes Françaises, et du livre collectif édité à cette occasion l’an passé, "Femmes solidaires : 80 ans de la vie des femmes".
Mais la légèreté était aussi au rendez-vous avec les lectures de Philippe Laveau qui avait soigneusement sélectionné quelques auteurs misogynes à souhait, un choix heureusement contrebalancé, à la fin du week-end, par des écrivains philogynes oeuvrant à l’émancipation des femmes ! Le public a pu aussi découvrir la librairie indépendante Victor-Hugo de La Teste-de-Buch ainsi que la maison d’édition indépendante OLNI (Objets Livresques Non Identifiés) créée par trois femmes. Dans la cabane Le Piou, on pouvait tranquillement admirer l’exposition photos de Karoline Krampitz, dédiée aux ostréicultrices, tandis qu’un coin cosy invitait à s’installer pour écouter, via des audio-guides, des extraits de livres enregistrés par des adhérentes de Femmes Solidaires. Une installation signée Chantier Sonore. La musique a également trouvé sa place le samedi soir grâce au groupe 5k7jazzband, qui a accompagné la soirée tapas.
Divers ouvrages ont été présentés sous forme de "coups de coeur". Voici quelques uns des textes de présentation :
Les coups de coeur de Dominique Lucas
"La joueuse d’échecs". - Mitra Hejazipour est Iranienne et « La joueuse d’échecs » est son premier roman écrit en collaboration avec Sarah Doraghi. Une autobiographie où elle raconte sa passion pour les échecs et surtout sa jeunesse dans son pays natal.
« Mon père savait que, même bardés de diplômes, même armées de savoir, les jeunes n’avaient aucun avenir ici. Et il avait deux filles à élever dans une société où la femme est une faute à corriger chaque jour. Et il savait que son amour ne suffirait pas à nous protéger de cet Etat religieux. Il misait beaucoup sur ma réussite. Sans que j’en ai bien conscience, ces épreuves ont forgé mon caractère. Et peut être fait de moi la championne que je deviendrais des années plus tard. »
Elle a grandi d’un coup dit-elle. Le jour ou à presque six ans, un ami de la famille avec un regard appuyé et malsain a dit à ses parents qu’il serait temps de lui couvrir la tête !
Sa passion pour les échecs va la mener en compagnie d’autres jeunes filles dans des tournois de plus en plus prestigieux encadrées par le Ministère des Sports et sous le joug de femmes en noir…
Lors de ses différents voyages pour les compétitions d’échecs, elle découvre d’autre cultures et la liberté dont elle est privée en Iran. Même si elle étouffe dans ce pays, elle ne peut pas se rebeller ouvertement sans avoir peur pour sa famille jusqu’au jour où jeune adulte et indépendante financièrement elle ne peut plus se satisfaire de cette vie sans espoir.
Le point de bascule : le 25/12/2019 lorsqu’elle décide de ne pas porter son voile, le hijab, lors d’une compétition internationale à Moscou !
Le hijab, c’est le symbole du régime islamique. Symbole qu’elle refuse de continuer à porter, une rébellion car elle refuse de continuer à représenter face au monde ce régime dont elle se sent la marionnette, dont elle se sent instrumentalisée. Suite à ce geste, elle est contrainte à l’exil, la France sera sa terre d’accueil et Brest son premier port d’attache.
Un livre pour un combat, celui d’une jeune femme courageuse et assoiffée de liberté et qui depuis 2020, en exil, n’est pas retournée voir sa famille. (Albin Michel – 01/2026)

"Je voulais vivre". - Adélaïde de Clermont-Tonnerre.
Je viens de passer quelques heures en compagnie de Milady, la Milady des trois mousquetaires, celles qui fût traitée de démone, empoisonneuse, espionne et autres compliments du même acabits…
Mais qui était–elle vraiment ? C’est ce personnage controversé qu’ Adélaïde de Clermont-Tonnerre a voulu nous faire rencontrer dans son roman primé par le Prix Renaudot 2025, « Je voulais vivre ».
La vie de cette jeune femme commence par une tragédie, l’agression et le meurtre de sa mère et de sa nourrice juste après le décès de son père.
Anne, six ans trouve refuge dans un presbytère et se retrouve placée dans une abbaye ou elle va parfaire son éducation littéraire et médicinale pendant quelques années. De rencontres et d’alliances plus ou moins malheureuses, elle va devenir une femme forte et essayant de rester libre.
Entrecoupée des confidences de d’Artagnan, cette fresque qui coure de 1609 à 1628, balaye la vie de celle qui voulait vivre. Entre les Mousquetaires et Richelieu, du duc de Buckingham à la reine de France, elle se faufile, noue des alliances et déjoue les pièges… Mais elle était née femme alors qu’elle voulait courir le monde, se battre et voir son fils grandir. La justice de quelques-uns en a décidé autrement, elle ne pouvait qu’être punie pour toutes ces transgressions à l’ordre masculin. Et n’en déplaise à Alexandre Dumas, l’épopée de cette femme est aussi riche et intense que celle de ses mousquetaires ! Un très beau roman. (Grasset – 08/2025)

Les coups de coeur de Gilberte Schramm
"Le désastre de la maison des notables" - de Amira Ghenim (traduit en français). Ce livre a obtenu le prix de la littérature arabe décerné par l’Institut du Monde Arabe en 2024. Amira Ghania est agrégée d’arabe et enseigne à l’université de Sousse, en Tunisie.
Ce livre nous parle des femmes tunisiennes soumises à la tutelle du père, frère à une époque troublée que nous connaissons peu, marquée par des luttes et pendant laquelle commence à émerger une réflexion sur la situation des femmes.
Cette histoire contée est passionnante appuyée sur une construction littéraire originale qui contribue à nous maintenir en haleine. Tunis, 1935, un pays dont la vie sociale est structurée autour de la religion et une hiérarchie quasi féodale (l’esclavage ne sera aboli qu’au début des années 20) et qui connait une grande ébullition politique. Dans ce contexte se croisent les destins de deux éminentes familles que tout oppose : les Naifer, rigides et conservateurs, et les Rassa, libéraux et progressistes, mais qui vont se retrouver liées par le mariage de Moshen, fils aine de la famille Naifer, et Zbeida fille ainée de la famille Rassa.
Cette fresque se déroule sur une trentaine d’années marquées par des luttes contre le colonisateur, l’émergence du parti Destour et le combat pour les droits des femmes mené par un intellectuel brillan,t TaHar Haddad qui publiera « Notre femme dans la charia et la société" un texte avant-gardiste sur les droits des femmes qui lui vaudra un lynchage politique et social et une mise au ban de la société.
Un soir de ramadan en décembre 1935 un drame va se produire au domicile de la famille Naifer.
Un billet est apporté semble t il destiné à ZBEIDA femme de MOSHEN et qui laisserait supposer une relation adultérine peut être avec Tahar Haddad son ancien précepteur. Que s’est il passé dans la nuit qui a conduit à la rupture des deux familles ?
Le livre est construit autour ce cette question et pour connaître la réponse l’autrice très habilement construit son récit comme un chant choral donnant successivement la parole aux témoins directs ou pas du drame à des périodes plus ou moins éloignées de la nuit du drame.
Nous découvrons des femmes qu’elles soient femmes de notables ou domestiques sans aucun droit soumise à la totale volonté des hommes. Femmes humiliées, femmes victimes de violences. Hommes imbus de leur puissance de leur suffisance. L’autrice porte un regard tendre sur ces femmes qui usent parfois de ruses et malices pour gagner un peu de liberté. (Format Poche depuis octobre 2025)

"Aliénor d’Aquitaine, captive". - par Marie-Noëlle Demay. Cette autrice a déjà publié un ouvrage sur Aliénor d’Aquitaine « Il y eut un soir, il y eut un matin ».
Ce roman qualifié de « roman historique » par l’autrice elle-même, nous fait vivre 15 ans de captivité d’Aliénor, emprisonnée par son époux Henri II roi d’Angleterre après un complot qu’elle a mené avec ses fils et qui a échoué. Le livre est construit comme un journal intime : 15 années de captivité, 15 chapitres.
Son roman s’appuie sur des faits historiques ; quelques éléments connus de cette captivité dont on sait finalement très peu de choses.
Elle nous fait vivre une Aliénor d’Aquitaine qui reste indomptable, qui refusera régulièrement l’offre de son époux d’une libération contre une condamnation de ses fils. Une femme qui va passer par la colère, le désespoir, qui va connaitre le poids de la solitude, elle qui a vécu puissance, faste et honneurs ! Et qui peu à peu au long d’une longue introspection abandonnera sa colère et trouvera une certaine sérénité.
Ce livre est aussi une immersion dans le moyen âge au 12è siècle dont nous découvrons au fil des pages les modes de vie tant au sein des cours royales que des paysans et servantes. Magistralement écrit ! (Editions Presses de la cité)

"Nourrices".- De Séverine Cressan.
Vrai coup de cœur pour un premier roman qui aborde un sujet très méconnu, celui des nourrices. Le roman se situe à une époque non précisée (17 ou 18è siècle ?), dans un village isolé où une population miséreuse lutte pour sa survie. Dans ce village on vend le lait , denrée précieuse.
Sylvaine, son premier né sevré, devient nourrice d’une enfant ; il ne convient pas que la mère l’allaite de part la condition sociale du père.
Un soir de lune guidée par un oiseau elle trouve un nourrisson auprès duquel est déposé un carnet qui raconte l’histoire de cette fillette. Sylvain la recueille et développe un lien fusionnel avec cette petite fille qu’elle surnomme l’enfant de lune.
A travers l’histoire de Sylvaine, l’autrice nous dévoile les rouages d’un commerce géré uniquement par des hommes dont le seul but est le profit maximum, au mépris des femmes humiliées.
Un jour, Sylvaine se rebelle et décide de ne plus se soumettre. Toutes ces femmes dont dépend la survie du village prennent conscience de leur pouvoir.
Ce livre m’a profondément touchée, à la fois par le récit d’une industrie méconnue mais aussi par la force de ces femmes qui se rebellent. Ce sont des femmes qui découvrent leur puissance et la sororité. Ce roman nous entraîne dans un univers où la nature et l’enchantement sont très présents, avec une écriture poétique sensorielle voire sensuelle lorsqu’elle parle du corps des femmes. (Editions PCA CMB)

RENDEZ-VOUS EN 2028 !

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